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et de nombreux cadeaux
au choix
Entretien On a adoré la détester dans Connasse,
la série qui l’a fait connaître. Dix ans et une imposante liste de
rôles plus tard, dont
le dernier dans Trois
amies d’Emmanuel
Mouret*, Camille Cottin, comédienne et ambassadrice Dior
Mode et Beauté, nous confie,
attachante intranquille, rêver
aujourd’hui
d’« alignement intime »
entre
son métier et ses
désirs profonds.
Par Emily Barnett Photos Camilla ARMBRUST Réalisation Jeanne LE BAULT
Elle a été la fille la plus drôle du monde… et la plus peste ! Grâce à la série télé Connasse, diffusée sur Canal+ entre 2013 et 2015, puis à son rôle d’agente dans Dix pour cent, Camille Cottin a prouvé qu’elle était l’une des actrices les plus ébouriffantes et culottées de sa génération. Sa force : une décennie de filmographie éclectique, de la comédie Larguées à la crème du cinéma d’auteur avec Chambre 212 de Christophe Honoré, en passant par le thriller américain Stillwater et déjà plusieurs autres incursions dans le cinéma anglo-saxon. Pas question, pour autant, de quitter le théâtre, sa première passion : en janvier, la comédienne reviendra sur les planches à Paris, aux Bouffes du Nord, dans Le Rendez-vous, un monologue adapté du roman culte Jewish Cock, de Katharina Volckmer. Avec un tel CV – auquel il faut ajouter son statut d’ambassadrice Dior Mode et Beauté – il y aurait de quoi prendre le melon. C’est, au contraire, une femme adorable, empathique, plus encline à parler des autres que d’elle-même, qui répond à nos questions à l’occasion de la sortie du film d’Emmanuel Mouret, Trois amies, où elle incarne le genre de copine, perspicace et rassurante, qu’on adorerait avoir dans la vie.
Cape en mérinos avec empiècements en tricot, débardeur en laine et coton Dior.
Mise en beauté Dior avec : Dior Forever Skin Perfect 1.5N, Diorshow Brow Styler 02 Chestnut, Diorshow Iconic
Overcurl 090 Black, Rouge Dior Contour 259 Nude Ribbon.
Comment entre-t-on dans l’univers hyper-subtil et chorégraphié d’Emmanuel
Mouret ?
Il a une technique que je n’avais vue chez aucun cinéaste. Il procède par plans-séquences, à l’intérieur
desquels il crée un ballet. Le mouvement du corps entraîne celui de la caméra ; il faut donc que le corps
trouve
sa raison d’être pour aller d’un point A à un point B, dans une dynamique détachée du texte. Par exemple,
pour
aller chercher un vêtement, se préparer un thé… Cela m’a perturbée au début. Mais j’ai vite compris que
c’était
son modus operandi, sa musique.
Pour la première fois, ce sismographe du couple filme des femmes ensemble…
Son envie était de raconter leur amitié. Le cinéma d’Emmanuel est très double. Derrière une apparente
légèreté,
une douceur et une forme de classicisme, son film parle de tromperie, de trahison. Une amie couche avec le
mari
de l’autre sans qu’à aucun moment cela ne remette en cause leur lien d’amitié. Ce qui m’a plu, alors que je
suis
quelqu’un d’assez moral, c’est la liberté de ces personnages, qui est beaucoup moins attendue et codifiée
que ce
qu’on pourrait imaginer. Il y a une violence enveloppée dans une forme de badinage – les tons pastel, la
douceur de l’image –, alors que ce qui se joue entre ces filles est tragique. J’ai trouvé cette opposition
et
l’harmonie qui s’en dégage passionnantes.
Votre personnage, Alice, est le plus lucide sur l’amour et, en même temps, celle qui se laisse le
plus
surprendre. Cela vous parle ?
On a tous un ami ou une amie comme ça, qui a des avis très tranchés sur tout et donne des leçons, pour
finalement faire exactement le contraire de ce qu’il ou elle prône ou revendique. C’est touchant. Alice est
une
femme forte et ancrée qui bascule d’une croyance à une autre, ce qui est forcément très intéressant à jouer.
Quand vous incarnez un personnage, êtes-vous instinctive ou davantage dans la projection et
l’anticipation de
vos rôles ?
Je préfère bien travailler en amont, ça me rassure. Ça me permet d’avoir un peu plus confiance en moi quand
je
dois explorer des registres différents de ce que j’ai pu expérimenter auparavant. Mais j’aime aussi être
poussée par un réalisateur ou une réalisatrice, qui m’emmène dans une direction que je n’avais pas forcément
appréhendée ou perçue comme quelque chose de possible et d’envisageable.
L’écrivaine Colette disait qu’elle avait trouvé sur scène un lieu exposé où elle se sentait chez
elle.
Est-ce
votre cas sur un plateau de cinéma ?
C’est un endroit où on essaye de convoquer toutes les choses qu’on a pu observer et comprendre du réel, pour
composer une autre réalité. Ce moment où on bascule dans cette autre dimension, avec nos partenaires et
toute une équipe, est assez vertigineux. Ça crée un espace très à part
qui est presque de l’ordre du rêve, de l’onirique. Cette bulle est un refuge. Même les comédies,
malheureusement
considérées comme un sous-genre, sont pour moi des lieux d’évasion salutaires.
Pull de coton à capuche cloutée et soutien-gorge triangle, Dior. Collier à maillons en or
blanc
18 carats et pavé de diamants
Tiffany HardWear.
Débardeur en jersey côtelé de coton, jupe mi-longue plissée
Boucle d’oreille en titane, or 18 carats et diamants Tiffany
by Pharrell Williams.
Mise en beauté Dior avec : Dior Forever Skin Perfect 1.5N, Dior Forever Skin Contour 01 Light, Rouge Blush
Colour & Glow 257 Dioriviera, Rouge Dior Balm 000 Diornatural.
On se souvient de vous dans Larguées ou Telle mère, telle fille. Vous restez attachée au genre de la
comédie ?
Je crois en effet au rire comme possibilité de déposer quelques instants le fardeau de nos angoisses, pour y
trouver une forme de légèreté et de complicité avec d’autres personnes qui nous sont pourtant étrangères.
Ces
connivences nous font du bien, nous relient les uns aux autres. J’ai beaucoup de reconnaissance envers les
auteurs et autrices qui arrivent à nous faire rire et à nous rassembler.
Quand on regarde votre carrière, on est frappé par son côté multifacette. Comment choisissez-vous
de travailler sur tel ou tel film?
Le travail avec les Anglo-Saxons correspond à un désir ancien et très profond. J’ai vécu cinq ans en
Angleterre ; je chéris cette culture et cet humour, cette langue. Mes autres choix découlent plus d’un
principe
de curiosité. Je peux parfois m’aventurer sur des chemins où je ne suis pas certaine, comme actrice, d’y
arriver. Mais quand on me propose un projet et qu’un aspect me plaît, je fonce, sans trop me poser de
questions.
Il y a aussi la dimension humaine, la rencontre d’un ou une cinéaste.
Robe longue en tulle brodé Marie Stuart avec col en perles, soutien-gorge triangle, culotte taille haute,
ballerines Dior Punk en cuir Micro Lady Dior, Dior. Bracelet et bague à perles en or jaune
et
diamants Tiffany
by Pharrell Williams.
Mise en beauté Dior avec : Dior Forever Skin Perfect 1.5N, Dior Forever Skin Contour 01 Light, Rouge Blush
Colour & Glow 257 Dioriviera, Rouge Dior Balm 000 Diornatural.
En 2023, vous avez accepté de jouer le rôle d’une mère célibataire de cinq enfants dans un film très
modeste,
Toni en famille, d’un tout jeune réalisateur, Nathan Ambrosioni, qui s’est révélé être un film brillant
et
un
succès en salle…
Nathan Ambrosioni était un très jeune homme de 22 ans, et il était difficile de rester insensible à sa
proposition. Il est tellement habité par le cinéma, passionné, charismatique, nourri d’influences comme
celle de
l’actrice Phoebe Waller-Bridge et du réalisateur japonais Kore-eda. Il a réalisé son premier film, Les
Drapeaux
de papier, quand il était encore au lycée. Il a tout fait au culot, ne vient d’aucun sérail, ce qui me
touche
aussi énormément. N’étant pas moi-même issue d’une famille de cinéma, j’aime cette idée qu’on peut réussir
à tracer sa route dans ce métier quasiment en faisant du porte-à-porte.
En voyant ce film, je me suis dit que vous aviez vraiment un don pour les personnages de cheffe de
bande.
Vous
l’êtes dans la vie ?
J’ai quatre frères et sœurs, dont je suis l’aînée. Ma plus jeune sœur a 22 ans, et la plus grande 40, donc
je
les ai vus toutes et tous grandir. Si je suis « cheffe », je le suis malgré moi, mais je dois me rendre à
l’évidence qu’il y a plein de moments où j’essaye de prendre le lead. (Elle rit.) En tout cas, je me sens
très à
l’aise dans les tribus. Le collectif me réconforte, me stimule et m’amuse. J’essaye d’apprendre à mes
enfants à
se sentir bien entourés et à garder une conscience aiguisée de la place de l’autre.
“La sororité n’est pas du tout un leurre. Se donner du courage et se soutenir, en sachant que si l’on prend la parole on n’est pas seule, est une immense victoire.”
On vous sait proche de Marion Cotillard. Diriez- vous que vous formez une bande avec elle et quelques
autres
?
Marion a sa bande d’amis d’Orléans rencontrés au Conservatoire, et moi, j’ai ma bande qui date de mon
passage à
l’école Périmony et des pre- miers spectacles de théâtre. On forme une espèce de famille. Et nos bandes
respectives sont devenues proches.
Diriez-vous que les rapports entre les actrices sont devenus plus bienveillants dans l’ère post-#MeToo ?
Ou
est-ce un leurre ?
La sororité n’est pas du tout un leurre. Se donner du courage et se soutenir, en sachant que si l’on prend
la
parole on n’est pas seule, est une immense victoire. Cet élan a mis fin au silence que s’imposaient des
personnes de ce métier par crainte de se retrouver seules et ostracisées. C’est fort, important et solide.
Par
ailleurs, je ne crois pas du tout à la rivalité entre les actrices. On a toutes un chemin qui nous est
propre et
où, il me semble, on est surtout en compétition avec soi- même. J’envie la liberté et l’alignement intime
que
peuvent rencontrer certaines comédiennes dans leur carrière, en phase avec leurs désirs, leur certitude
d’être
au bon endroit.
Cette harmonie, vous la sentez loin ou proche de vous ?
C’est mouvant. Je me remets souvent en question. Cela ne fait pas si longtemps que je fais du cinéma, après
quinze ans de théâtre, et j’ai l’im- pression parfois d’être encore en train d’ap- prendre. Qu’est-ce que je
projette sur un scénario ? Est-ce que mon interprétation d’un personnage est juste ? C’est cruel, un film.
Quand
on le voit fini, tout semble évident, les choses sont saillantes, mais la partie fabrication est complexe,
incertaine, intranquille. On doute beaucoup.
Avez-vous le sentiment de vous mettre plus la pression qu’il y a dix ans ?
Oui. À l'époque de Connasse (programme de caméra cachée pour Canal+, écrit par Éloïse Lang et Noémie Saglio,
ndlr), j'y allais à fond... En fait, je crois que j'ai toujours été intranquille. Même quand je faisais du
théâtre. J'ai toujours été inquiète.
Manteau en toile cirée, pull de coton à capuche cloutée, jupe plissée en laine, soutien-gorge, bottes
D-Major en
cuir Dior. Collier à maillons en or blanc 18 carats et pavé de diamants Tiffany HardWear.
Mise en beauté par Kérastase avec Première (concentré décalcifiant ultra-réparateur Première et bain
Première),
touches de sérum Elixir Ultime
en finition. Serum Filler Fondamental Première de Kérastase pour un shot de peptides et glycine.
Est-ce que Connasse vous manque ?
Non, parce qu'en réalité, c'était dur. La première semaine, j'étais au bout du rouleau. Je devais dire des
horreurs aux gens, je trouvais ça affreux, violent.
Après, j'ai compris qu'il fallait que j'exagère pour que les gens soient protégés et qu'ils se disent que
c'était moi qui avais un problème. Si j'avais été un peu trop "normale", ils auraient été blessés. J'ai
creusé le côté enfantin plus que le personnage de vraie connasse, le côté clownesque, burlesque. Néanmoins,
il fallait oser. Il y avait une part d'inconscience.
“On me colle souvent un peu abusivement l’étiquette de la fille sans filtre, un peu brute.”
Qu’avez-vous fait de ce côté sale gosse, trouble- fête et «bitchy» ?
Je ne suis pas du tout comme ça au quotidien. Au contraire, la conscience de l'autre est un principe fort
chez moi. Après Connasse, il y a eu un malentendu, les gens ont pensé que j'étais réellement comme ça !
Heureusement, il y a eu Dix pour cent tout de suite après, et on a compris que j'étais juste une comédienne.
Mais c'est vrai qu'on me colle encore souvent un peu abusivement l'étiquette de la fille au caractère bien
trempé, frontale, sans filtre, un peu brute.
Quelle autre mise en scène de soi vous offre le fait d'être l'ambassadrice Mode et Beauté d'une
grande maison comme Dior ?
Je me sens bien en restant proche de ce que je suis dans la vie. Certaines actrices aiment porter des tenues
qui évoquent leur personnage dans un film.
Que ce soit sur le tapis rouge ou en promo, je ne suis pas à l'aise dans une grande transformation. C'est
pour cela que j'aime tant le travail de Maria Grazia Chiuri (la directrice artistique de Dior Femme, ndlr) :
je trouve chez elle des pièces stylisées, sophistiquées, dans lesquelles je me sens extrêmement
libre.
Quel lien entretenez-vous avec son univers ?
Je l'adore. C'est une perfectionniste, une esthète. Sa dernière collection à Édimbourg m'a mise en émoi.
C'était du Marie Stuart punk-gothique, avec le tartan écossais, la cotte de mailles, les grosses boots de
bikers et les chaussettes montantes mi-cuisses... C'est étonnant comme ses vêtements parlent. On est dans le
pur fantasme. Tout est élégant, féerique. La petite fille qui sommeille en moi est toujours un peu
émerveillée de pouvoir incarner un tout petit bout de ce rêve.
(*) En salle. Avec aussi Sara Forestier, India Hair...